Qu'est ce que la taxidermie ?

Peio Rahola aime à répéter que sans les visites à la grande galerie de zoologie du MNHN (devenue la grande galerie de l’évolution), lorsqu’il était enfant, son intérêt pour le monde animal n’aurait peut-être pas été si vif.
Peio s’est essayé à la taxidermie alors qu’il suivait les cours technico-naturalistes dispensés par l’Université des Sciences de Montpellier mais la chose ne l’avait pas passionné, il faut dire que les premiers stades de la taxidermie ne sont guère ragoutants.
En revanche, il a toujours admiré, chez les bons taxidermistes, et il y en a peu, l’acuité de leur observation, le don artistique de sculpture afin de rendre les attitudes des animaux fidèles à celles de leur vivant, en respectant les mesures soigneusement prises sur le cadavre, en recréant la masse musculaire, en apportant des finitions comme la colorisation, etc.
Actuellement beaucoup de taxidermistes emploient des formes préfabriquées et c’est pour cela que l’on retrouve, chez les animaux naturalisés, souvent les mêmes positions alors que ce qui est intéressant, c’est justement de recréer les positions naturelles, mais créer à partir de l’observation, pour rendre la vie à ces animaux morts.
D’aucuns trouvent que la taxidermie est horrible, malsaine, etc. Que vaudrait-il mieux ? Que les animaux morts partent à l’équarrissage comme c’est le cas la plupart du temps ? Qui visite un centre d’équarrissage même s’il détestait la taxidermie, aura radicalement changé d’avis et appréciera les animaux naturalisés qu’il lui sera donné de voir et dont il se détournait auparavant.

Définition et histoire de la taxidermie

Comme son nom l’indique, la taxidermie (τάξις, táxis et de δέρμα, dérma) est la spécialité qui consiste à apprêter les peaux des animaux vertébrés pour leur donner l’aspect d’animaux vivants.
Cette technique est relativement récente et apparaît vers la fin du XVIIIème siècle. Auparavant, on conservait certaines parties d’animaux, voire des dépouilles entières, dans un but religieux ou médical. Dans ces domaines, les anciens égyptiens, les chinois ou les amérindiens possédaient déjà des techniques conservatoires.

La taxidermie telle que nous la connaissons a accompagné l’essor des sciences naturelles et s’est développée à la faveur des voyages d’exploration des XVIIIème et XIXème siècles. Les zoologistes de ces époques étaient beaucoup plus soucieux que leurs prédécesseurs de conserver l’objet de leur étude en constituant des collections. On publia alors des ouvrages expliquant les techniques de prélèvement et de conservation des spécimens que l’on envoyait au muséum pour qu’ils y soient préparés et conservés.

En ce qui concerne les techniques de préparation de la peau, elles remontent très loin puisque dès son apparition, l’être humain a été obligé de se vêtir et pour ce faire a appris à utiliser la peau des animaux dont il se nourrissait. La préparation des fourrures a continué au fil des siècles, voire des millénaires, toujours dans un but utilitaire et de troc.

Les savants de l’antiquité et du moyen-âge se souciaient peu de conserver les animaux qu’ils utilisaient avant tout pour ce que nous appellerions actuellement alchimie ou sorcellerie.
C’est avec la renaissance que sont apparus les premiers cabinets de curiosités amassées par les puissants.
On trouvait dans ces cabinets, des vrais animaux ou des parties d’animaux qui côtoyaient des chimères intentionnellement crées et fabriquées.

Technique de la taxidermie

Avec la fin du XVIIIème siècle et les découvertes des expéditions scientifiques, l’idée et l’envie de conserver et de préparer les animaux ramenés des contrées lointaines se précise. Les peaux sont dans un premier temps cousues et bourrées de paille, fibre, étoupe… de là vient et demeure le terme « empaillé ». Bien vite, le résultat obtenu a paru insuffisant aux naturalistes qui se sont mis à chercher produits et techniques pour améliorer le résultat final.

En ce qui concerne les produits, il faut citer la mise au point du savon arsenical par un pharmacien de Metz, Jean Baptiste Bécoeur (1718-1777). Ce pharmacien ornithologue prépara lui-même une importante collection d’oiseaux et perfectionna ainsi la méthode et le produit formé d’arsenic blanc, camphre, chaux, carbonate de potassium et savon de Marseille. Les peaux traitées avec ce savon résistaient aux attaques des insectes nécrophages. Ce produit fut interdit en 1960 à cause des dangers que présente l’arsenic.

Le problème majeur pour les grands animaux était de les monter dans des positions naturelles et de leur donner un aspect vivant. On commença à faire des formes de plus en plus soignées sur lesquelles on appliquait et cousait les peaux. Le point de départ était des tiges en fer clouées sur des planches qui figuraient une sorte de squelette. Autour de cette base, on construisait le mannequin avec tous les matériaux possibles, bois, carton, pâte à papier, fibre végétale pour les petits animaux, grillage et plâtre pour les gros, ce qui donnait des animaux naturalisés extrêmement lourds et difficilement déplaçables.

De nos jours, on dispose de matériaux beaucoup plus légers et faciles à  mettre en œuvre. La plupart des formes sont sculptées à partir d’un boc de polystyrène, on emploie des résines, des mousses, etc. Le résultat peut être plus fin mais il est surtout plus léger, on peut porter seul un fauve ou même un zèbre.

Sans s’étendre davantage sur la taxidermie, ces quelques lignes paraissaient nécessaires car on est souvent assailli de questions invraisemblables à son sujet.

Pour finir sur ce chapitre, voici les grandes étapes d’une taxidermie :

1 - Dépouillage, c’est-à-dire récupération de la peau et dégraissage.
2 - Picklage : bain pour permettre au produit de tannage de bien pénétrer  la peau dont les pores auront été élargis. Eau : 95.30% - sel : 4% - acide formique : 0.3% - acide lactique : 0.3% - formol : 0.1%.
3 - Tannage. Eau : 94.8% - sel : 4% - Hartan : 1.2%.
4 - Bain de lavage et neutralisation de l’acidité par bicarbonate de soude qui baisse le PH 1 kg pour 50l soit 2%.
5 - Montage – utilisation de filasse, mousse de polyuréthane, polystyrène, fil de fer recuit.
6 - Finition – yeux de verre et mise en couleur avec peinture acrylique et cire micro cristalline.


 

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